Un chant révolutionnaire espagnol : El Paso del Ebro

Il s’agit d’un chant de la Révolution espagnole, composé à l’origine en 1808 contre l’envahisseur français pendant la Guerre d’indépendance espagnole et réactualisé par les soldats républicains pendant la guerre civile. Il est aussi appelé : El Ejército del Ebro ou ¡Ay, Carmela!

Les paroles (extrait) et leur traduction

 

L’armée de l’Èbre Rum bala rum bala rum ba bam !

Une nuit passa le fleuve Ay Carmela, ay Carmela.

Et aux troupes d’envahisseurs […] Elle donna une bonne raclée […].

L’aviation des traîtres […] Passe sa fureur sur nous […].

Mais les bombes ne peuvent rien […] Là où il y a plus de cœur qu’il n’en faut […].

À des contre-attaques enragées […] Nous devrons résister […].

Comme nous avons combattu […] Nous promettons de résister […].

Liens avec d’autres œuvres

  • Un film a été réalisé autour de cette chanson en 1990 par Carlos Saura : ¡Ay, Carmela!. Carlos Saura fait le portrait de Paquito et Carmela, deux artistes ambulants pro-républicains, qui se retrouvent aux prises avec l’armée franquiste. Le titre de ce film et le prénom de l’héroïne (Carmela) sont en fait de subtiles références au chant de lutte qu’est El Paso Del Ebro.

Cet air, qui date des temps où l’armée espagnole luttait contre les troupes napoléoniennes, a hérité de ses paroles actuelles (dont le refrain reprend le fameux Ay Carmela) lors de la guerre civile, dans les années 30 donc. Cette chanson évoque triomphalement la Bataille de l’Ebre, qui est ainsi devenue un symbole de la lutte contre le franquisme, alors qu’elle fut la dernière et la plus coûteuse des offensives républicaines.

Dos de Mayo, Goya, 1808.

Dos de Mayo, Goya, 1808.

  • Dans l’album « Motivés » (2001) du groupe Zebda, il existe une version modernisée.
  • Sur le disque « Leny Escudero chante la liberté » (1997), on la trouve dans un style tango argentin qui lui donne un aspect sombre et tragique, assez éloigné des versions plus traditionnelles. C’est la version que vous avez pu entendre au début de cet article.
  • Reprise par le groupe anarchiste hollandais The Ex sur « Spanish revolution ».

Musique et guerre civile espagnole

Vous pouvez entendre d’autres chants de la guerre civile (des deux camps) en suivant ce lien : http://centros1.pntic.mec.es/ies.maria.moliner3/guerra/canciones.htm On peut de façon non exhaustive en retenir deux pour les rébublicains : La Internacional et El Paso del Ebro.

Pour La Internacional, un extrait des paroles en espagnol, que vous connaissez peut-être déjà en français :

¡Arriba, parias de la tierra ¡

¡En pie, famélica legión !

Atruena la razón en marcha : es el fin de la opresión.

Del pasado hay que hacer añicos.

¡Legión esclava, en pie, a vencer !

El mundo va a cambiar de base.

Los nada de hoy todo han de ser.

R : Agrupémonos todos en la lucha final.

El género humano es la Internacional. (bis)

Traduction :

Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim !

La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin.

Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout !

Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout !

R :C’est la lutte finale, Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain.(bis)

Chez les nationalistes, on retiendra celle qui devint l’hymne espagnol pendant la période franquiste (1939- 1975) : Marcha Real (hymne actuel mais sans les paroles).

Hitler et Franco le 23 octobre 1940

Hitler et Franco le 23 octobre 1940

Viva España

alzad los brazos hijos del pueblo español

que vuelve a resurgir

Gloria a la Patria que supo seguir

sobre el azul del mar el caminar del Sol.

¡Triunfa España !

Los yunques y las ruedas

cantan al compás

del himno de la fe.

Juntos con ellos

cantemos de pie

la vida nueva y fuerte

de trabajo y paz.

Traduction :

Vive l’Espagne, Levez les bras, fils du peuple Espagnol qui recommence à s’élever.

Gloire à la patrie qui a su suivre sur le bleu de la mer, le chemin du soleil.

Triomphe Espagne ! Les enclumes et les rouages chantent sur le rythme de l’hymne de la foi.

Ensemble avec eux, Chantons debout la vie nouvelle et forte de travail et de paix.

Chanson et engagement

La chanson s’imprègne du milieu d’où elle provient. Le message est adressé par un émetteur, représentant d’une classe, pour un récepteur, qui provient généralement de la même, ce qui permet de partager un langage social commun, et une même conception de la musique.

La chanson a une importance stratégique pendant la guerre, son usage militaire permet le développement de la propagande.

Pendant le franquisme, les chansons républicaines seront interdites mais cela n’empêchera pas la résistance intérieure d’entretenir la mémoire. Durant la guerre civile, de nombreuses chansons ont enrichi le répertoire espagnol,saluant les exploits des différents corps d’armée, encourageant les soldats à la victoire et à la résistance au fascisme.

Bien plus que de la simple musique, ces chansons servaient avant tout à remonter le moral des troupes, alimenter la ferveur populaire et défendre l’envie d’une vie meilleure. ¡Ay, Carmela !, chanson populaire du XIXème siècle chantée par les soldats espagnols qui luttaient contre les troupes de Napoléon en 1808 a subi des transformations au fil du temps: les paroles ont été adaptées selon différents événements politiques et sociaux. Plusieurs versions ont circulé pendant la guerre civile dont les 2 plus connues sont El Ejercito del Ebro et Viva la quinta Brigada.

La révolution espagnole

La guerre d’Espagne appelée aussi « guerre civile espagnole » est un conflit qui opposa le camp des républicains et des nationalistes, rebelles putschistes menés par le général Francisco Franco, du 18 juillet 1936 au 1er avril 1939.

Mort d'un soldat républicain de Robert Capa, 5 septembre 1936

Mort d’un soldat républicain de Robert Capa, 5 septembre 1936

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Cette guerre se termina par la victoire des nationalistes qui établirent une dictature qui dura 36 ans. Préparé de longue date, le soulèvement militaire et civil du camp nationaliste éclata le 18 juillet 1936, mais sa mise en échec partielle déboucha sur une guerre civile imprévue, longue et meurtrière.

Guernica, Picasso, 1937

Guernica, Picasso, 1937

La Bataille de l’Ebre, qui a duré 114 jours, l’une des plus longues de l’histoire, s’est soldée par 100.000 morts des deux camps et a laissé littéralement exsangue l’armée populaire qui menait alors sa dernière offensive. Cet événement fut la dernière tentative de la République pour freiner l’avance des armées de la coalition de droite dirigée par Franco qui s’était soulevée deux ans plus tôt, le 17 juillet 1936.