5e, séquence 1 : Musique et Moyen-Age

Comment la musique rythme-t-elle la vie au Moyen-Age ?
Seigneurs, châteaux forts, croisades, chevaliers…
Une époque qui fait rêver à laquelle on peut ajouter les termes de troubadours, trouvères, amour courtois, chant grégorien, vie monacale.
Une séquence moyenâgeuse !

On situe le début du Moyen Age, à la chute de l’Empire Romain, en 476, et la fin en 1492, découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. On peut donc retenir les dates approximatives de 500-1500, pour situer cette période historique.

Vous remarquerez que les œuvres du début du Moyen-Age sont le plus souvent anonymes.

Pour se plonger dans l’ambiance un extrait du film Le nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud, scène du scriptorium :

La musique religieuse au Moyen-Age : Salve Regina

Salve Regina en écoute

C’est un chant religieux du Moyen-Age que l’on appelle du CHANT GREGORIEN. Une seule mélodie est chantée par tous les chanteurs : c’est une monodie. Le chœur n’est composé que d’hommes. Il n’y a pas d’instruments de musique : on dit que le chœur chante a capella. Les paroles sont en latin.

Au VIème siècle, Le Pape Grégoire Ier aurait demandé la collecte des chants religieux, faisant ainsi appel aux moines copistes.

Antiphonaire de Hartker (bibliothèque abbatiale de Saint Gall)

Antiphonaire de Hartker (bibliothèque abbatiale de Saint Gall)

Ce chant est un Salve Regina, chant dédiée à la Vierge Marie (“Salut à toi Reine”) dont vous trouvez la partition ci-dessous en écriture grégorienne :

salve_regina

D’autres Salve Regina ont été composés au fil des siècles comme par exemple celui-ci, le Salve Regina de Poulenc. Les paroles sont les mêmes mais le chant est interprété à plusieurs voix (polyphonie) mixtes. Ce n’est pas du chant grégorien mais une musique religieuse du XXème siècle.

Paroles en latin :

Salve, Regina,
mater misericordiæ ;
vita, dulcedo et spes nostra, salve.
Ad te clamamus, éxsules filii Evæ.
Ad te suspiramus, gementes et flentes in hac lacrimarum valle.
Eia ergo, advocata nostra, illos tos misericodes oculos ad nos converte.
Et Jesum, benedictum fructum ventres tui, nobis post hoc exilium osténde.
O clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria.

Traduction :

Salut reine, Mère de Miséricorde ;
Notre vie, notre douceur, notre espérance, salut.
Enfant d’Eve, exilés nous crions vers toi,
Vers toi nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes.
O toi notre avocate tourne donc vers nous tes regards de miséricorde,
Et après cet exil, montre nous Jésus, le fruit béni de ton sein.
O Clémente, O pieuse, O douce, Vierge Marie.

Attention ! Tous les chants religieux du Moyen-Age ne sont pas du chant grégorien… La preuve en musique :

Kyrie, Messe de Nostre Dame, Guillaume de Machaut

Guillaume de Machaut

Guillaume de Machaut

Guillaume de Machaut (vers 1300 – 1377), est le plus célèbre écrivain et compositeur français du XIVe siècle. Il a contribué au développement de la musique polyphonique sa Messe de Notre Dame, composée entre 1360 et 1365, est considérée comme la première messe polyphonique complète écrite par un seul auteur. Elle est à quatre voix.

Le Kyrie est un chant religieux catholique qui précède l’Eucharistie dans la messe. Ce n’est pas un chant en latin mais en grec… En voici les paroles et un extrait de partition :

Kyrie eleïson
Christe eleïson
Kyrie eleïson

Seigneur prends pitié
O Christ prends pitié
Seigneur prends pitié

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Il s’agit d’un chœur d’hommes qui chante a capella et en polyphonie. Ce n’est pas du chant grégorien, mais bien un chant religieux du Moyen-Age.

La plupart du temps, les chants religieux du Moyen-Age, grégoriens ou non, sont non pulsés, c’est à dire qu’on ne peut pas frapper la pulsation (cf le cours de sixième, séquence 1 sur les paramètres de la musique).

Voici un exemple : essaye de frapper la pulsation de ce Dies Irae … Est-ce possible ?
Non, ce chant grégorien est non pulsé.
Et maintenant… celui-ci : Dies Irae . Ah… Ça va mieux, le temps est pulsé, on retrouve nos repères grâce à Mozart (1756-1791), et son Requiem (Messe pour les morts)…
Et enfin ce dernier : Dies Irae … Ça déménage non ? Le temps est aussi pulsé, c’est celui du Requiem de Verdi (1813-1901)…

Ça fait beaucoup de Dies Irae (jours de colère…) pour une longue période historique et musicale et ce ne sont pas les seuls !!! 🙂

Bon pour rire un peu… : le Dies Irae de Dark Moor !

En résumé…

En résumé le chant grégorien est un chant :

- Monodique

- A capella, ou non accompagnée

- Chanté par des hommes

- Religieux

- En latin

- Du Moyen-Age

La musique religieuse est écrite au Moyen-Age par les moines. Les compositions non religieuses seront donc transcrites tardivement puisque l’Eglise les condamnait.

Bon vous voici incollables sur le chant grégorien et le chant religieux du Moyen-Age… Et si nous parlions de musique profane maintenant ?

La musique profane et populaire au Moyen-Age : In taberna quando sumus, extrait des Carmina potoria (chansons à boire)

Comme vous vous en doutez, profane est le contraire de religieux

La musique profane au Moyen-Age ne se joue donc pas dans les églises qui sont réservées à tout ce qui est sacré.

Voici un extrait du texte de cette chanson :

“In taberna quando sumus
non curamus quit sit humus,
sed ad ludum properamus,
cui semper insudamus.
Quid agatur in taberna,
ubi nummus est pincerna,
hoc est opus ut queratur,
si quid loquar, audiatur. […]

Bibit hera, bibit herus
bibit miles, bibit clerus,
bibit ille, bibit illa,
bibit servus, cum ancilla,
bibit velox, bibit piger,
bibit albus, bibit niger,
bibit constants, bibit vagus,
bibit rudis, bibit magus.”

Suivi de sa traduction :

“Quand nous sommes dans la taverne
que nous importe de n’être que poussière,
mais nous nous hâtons pour les jeux,
qui nous mettent toujours en sueur
Ce qui se passe dans la taverne
où l’argent est le roi
ça vaut le coup de demander
et d’écouter ce que je dis. […]

La patronne boit, le patron boit,
le soldat boit, le prêtre boit,
celui-ci boit, celle-ci boit,
l’esclave boit avec la servante,
l’agile boit, le paresseux boit,
le blanc boit, le noir boit,
le pondéré boit, l’inconstant boit,
le fou boit, le sage boit.”

Il s’agit d’une chanson à boire médiévale, composée le plus souvent par des vagabonds ou des religieux défroqués (on se moque des religieux dans les paroles). Chantée dans les tavernes, elle est destinée aux paysans, la mélodie est répétitive et simple à retenir, les paroles aussi. Elle peut également donner suite à de la danse. Ces caractéristiques se retrouvent dans la musique traditionnelle (voir le chant Le loup, le renard, le lièvre)

La musique profane et noble au Moyen-Age : la musique des troubadours et des trouvères

Dans ces chansons profanes du Moyen Age on traitera le plus souvent de deux thèmes :

- soit les hauts faits guerriers d’un chevalier
- soit l’amour courtois : Ay mi , virelai du trouvère Guillaume de Machaut, en langue d’oïl, dont voici les paroles…

Aymi ! dame de valour,
Que j’aim et desir,
De vous me vient la dolour
Qui me fait languir.

Tres douce creature,
Comment puet vo fine douçour
Estre vers moy si dure,
Quant mon cuer, mon corps et m’amour
Vous ay donné sans retour
Et sans repentir ?
Or me tenez en langour
Dont je criem morir.
Aymi ! dame.

Et tout par enmesure,
Gentil dame, pleinne d’onnour,
Sui je à desconfiture ;
Car onques ne quis deshonnour
Vers vous, ains ay sans sejour
Fait vo dous plaisir
Et feray sans mauvais tour
Jusques au morir.
Aymi ! dame de valour.

Mais vo douce figure,
Vo fine biauté que j’aour
Et vo noble faiture
Parée de plaisant atour
En plour tiennent nuit et jour,
Sans joie sentir,
Mon cuer qui vit en tristour,
Dont ne puet garir.
Aymi ! dame de valour,
Que j’aim et desir,
De vous me vient la dolour
Qui me fait languir.

Troubadours

Le virelai est une forme poétique du XIVe siècle prisée des trouvères, et en particulier de Guillaume de Machaut. Il se compose dans sa forme la plus simple d’une strophe rimée de deux vers, suivie d’une strophe refrain ou formule répétitive, propre à la reprise en choeur. Guillaume de Machaut a écrit 33 virelais sous le terme de Chansons Baladées. . .

(source : http://www.musicologie.org/sites/v/virelai.html)

Chez les troubadours, c’est à peu près identique, mais en langue d’oc, écoutez la chanson de Guillaume IX de Poitiers Ab la dolçor :

https://www.youtube.com/watch?v=ENi7q59ZTuI

Le thème abordé est ici aussi l’amour courtois. La mélodie et le texte sont très élaborés. Ils sont destinés à la noblesse.

Les femmes aussi peuvent être trobairitz (troubadour au féminin) : c’est le cas de Beatriz de Dia que vous pouvez entendre ICI.

L’amour courtois… ??? Kesako ???

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Il s’agit dans la littérature et la poésie du Moyen-Age de l’attitude à tenir en présence d’une femme de la bonne société. C’est un amour profond et véritable que l’on retrouve entre un prétendant et sa dame. Au Moyen Âge, cet amour répond à des règles :

- l’homme doit être au service de sa dame

- il doit lui être fidèle coûte que coûte

- ses sentiments doivent s’amplifier

- cet amour sera douloureux… car la Dame restera inaccessible, souvent par son rang noble.

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Les fiches de cours sont sur Liberscol

Le chant : Le loup, le renard, le lièvre

La version des Têtes de Chien : https://www.youtube.com/watch?v=uz_pJD4zk4k

La version de la chorale, Festival choral académique 2014 : https://www.youtube.com/watch?v=aapfEcAjLgA

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Pour en savoir plus sur le chant, retrouvez ICI la fiche présentée en classe (je remercie l’auteur anonyme de ce document !)

La carte mentale de la séquence Musique et Moyen-Age

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On situe le Moyen-Age entre :

Le projet musical

Oyez, oyez ! Jeune troubadour, vous devez animer le banquet de Hugues 1er, duc de Bourgogne, vous devez faire danser la cour au son de la chanson Le loup, le renard, le lièvre ; afin que ce soit vraiment divertissant vous imaginerez avec les  damelots (jeunes hommes) et les donzelles (jeunes filles) de votre îlot un accompagnement rythmique (percussions corporelles ou instruments) et polyphonique.

Chacun devra assumer joyeusement son rôle au sein du groupe.